À Sartrouville, deux semaines de violences urbaines après la fermeture d'une mosquée

Reportage Sud Radio. Suite à la décision des autorités de fermer une salle de prière suspectée d’être de tendance salafiste, la cité des Indes de Sartrouville (Yvelines) est en proie à des violences urbaines quotidiennes depuis deux semaines.

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Mortiers, projectiles, feux de poubelles… Depuis deux semaines, la cité des Indes de Sartrouville (Yvelines) vit au rythme quotidien de violences urbaines perpétrées par certains jeunes du quartier. La raison de leur courroux ? La fermeture par la préfecture d’une mosquée suspectée d’être de tendance salafiste, et ce en pleine période de Ramadan. Habitant de la cité, Karim (17 ans) comprend la colère de ces jeunes. "Je les soutiens. Il y a quand même des gens qui vont à cette mosquée, ils habitent en haut du bâtiment, ils viennent avec leurs enfants et tout… Et la police la ferme !", s’insurge-t-il au micro de Sud Radio.

Pour Raja, mère de famille, c’est aussi l’incompréhension qui prédomine. "Ils devraient la laisser ouverte jusqu’à la fin du Ramadan... Mon mari va là-bas, il fait sa prière et revient à la maison, tranquillement ! Je vous assure qu’il n’y a rien", souligne-t-elle. D’autres habitants confient, eux, leur appréhension et leur peur face à ces manifestations violentes qui se déroulent chaque soir. "C’est invivable, on est tous confiné chez soi, on ne se parle pas, on vit dans une tension permanente. Même quand on est chez soi on entend des pétards, on sursaute… C’est Chicago ! C’est absolument tous les jours, en début de soirée. Le week-end ça dure jusqu’à plus tard, 23h ou même 2h du matin… Ça fait peur, on tremble comme en temps de guerre ! On dirait la guerre", assure Corinne, qui vit depuis 25 ans et habite quelques étages au-dessus de la salle de prière tout juste fermée.

Pour Éric, gérant de l'association L'écho des banlieues, l'action de ces jeunes n'est pas une provocation gratuite mais un appel à l'aide. "Dans les vidéos que les jeunes nous ont envoyées, il y avait des feux de poubelle, des mortiers, des pétards, des feux d’artifice. Quand ces jeunes brûlent, cassent, etc., ce n’est pas par plaisir. C’est un signal d’alarme pour attirer l’attention, pour dire "Regardez, il se passe quelque chose, quelque chose ne va pas". Une émeute dure généralement deux ou trois nuits, là ça fait deux semaines et pour moi c’est assez grave. Je sais que ce n’est pas de la provocation, c’est leur manière à eux de manifester pour dire qu’ils ne sont pas d’accord pour que la mosquée ferme en pleine période de Ramadan", explique-t-il.

Un reportage de Margaux Malinge