Utiliser ainsi l'armée, est-ce une bonne idée ?

Ce renfort sécuritaire fait polémique. Est-ce une bonne idée d’utiliser ainsi l’armée Véronique Jacquier ?

 

 

Ce n’est pas n’importe quelle force qui est sollicitée. C’est la mission anti-terroriste. Depuis 2015, 7 000 hommes veillent sur nos monuments, nos églises et synagogues. Ils patrouillent dans les gares et les aéroports. Ils sont armés mais ne possèdent pas de casque ou de bouclier. Ils ne sont pas faits pour le maintien de l’ordre. Comment vont-ils agir et réagir s’il y a contact avec des gilets jaunes mêlés à des black blocks ? Comment vont-ils se comporter s’il faut prêter main forte à des policiers en prise avec des manifestants ? Cette situation s’est déjà produite en 2016 à Strasbourg. Les militaires avaient protégés les policiers en difficulté mais ils ne s’étaient pas immiscés dans le maintien de l’ordre. Pourtant, à l’époque, Jean Yves Le Drian le ministre de la Défense s’était alarmé du mélange des genres. Autre cas de figure : toujours en 2016. Lors d’une manifestation contre la loi Travail, des casseurs s’en étaient pris au musée des Armées aux Invalides à Paris. Un gendarme aidé par des soldats de la force Sentinelle avait eu tout juste le temps de fermer les grilles du musée. Les militaires n’avaient pas eu à intervenir contre les casseurs. Mais à l’époque, là encore, leur présence avait été critiquée. « Leur mission c’est la lutte contre le terrorisme » avaient dit des hauts gradés de l’armée. Donc demain, attention à ce qu’ils ne soient pas en première ligne pour juguler la violence, si violence il y a. Les images seraient désastreuses pour l’armée et pour notre pays bien sur.

Et le gouvernement ? Pourquoi est-il pour ce recours à la force Sentinelle ?

Pour laisser les policiers se concentrer sur le maintien de l’ordre avec usage du marquage indélébile pour repérer les casseurs et renfort de drones. Le gouvernement monte d’un cran dans la riposte sécuritaire. Il y a maintenant vraiment une radicalisation des deux côtés. Côté pouvoir et côté gilets jaunes et gilets noirs. Sur le plan politique, le signal n’est pas à l’apaisement. Faire appel à une force antiterroriste, c’est considérer les manifestants comme des ennemis de l’Intérieur. Ce que le gouvernement assume puisqu’il dénonce ceux qui veulent démolir la République. Mais c’est un aveu de faiblesse de mettre l’armée pour sécuriser les lieux de pouvoir face à 1 500 black blocks et quelques milliers de gilets jaunes. On attend tous une réponse politique.