Migrants, asile et accords de Dublin : pourquoi le ton monte entre l’Italie et la France

Le torchon brûle entre la France et l'Italie depuis que Matteo Salvini, le ministre italien de l'Intérieur et leader de la Ligue, a accusé Emmanuel Macron de n'avoir relocalisé que 640 migrants contre les 9000 promis.

Migrants en mer Méditerranée (©GABRIEL BOUYS - AFP)

Pour savoir si Salvini dit vrai, j'ai appelé les associations qui viennent en aide aux migrants en France, et leur réponse est sans appel : le nombre de relocalisations depuis l’Italie s'établit à 635, soit à peu près l’ordre de grandeur cité par Salvini. En matière de relocalisations depuis l’Italie, l’objectif de la France était de 7115, bien au-delà des relocalisations effectives. Si l'on regarde en détail, la très grande majorité des personnes accueillies en France l’ont été depuis la Grèce (4394 individus).

Pour rappel, Matteo Salvini fait allusion au programme dit de "relocalisation", initié en 2015 par la Commission européenne, pour répartir des demandeurs d’asile entre les États membres de l’UE et "alléger" le fardeau de la Grèce et de l’Italie.

Pour faire face aux 880 000 arrivées de migrants dans l’Union européenne par la Grèce et l’Italie, la Commission avait mis en place un dispositif temporaire de relocalisation, au départ de la Grèce et de l’Italie, pour 160 000 demandeurs d’asile. Il s’agissait, au nom de la solidarité européenne, de partager l’accueil des demandeurs, pesant quasi-exclusivement sur ces deux pays. Les États s’étaient engagés à hauteur de 32 500 personnes.

Sauf que la plupart des pays, pour des raisons de politique intérieure, n'ont pas joué le jeu ! À commencer par la France, très en-dessous de la moyenne et très loin des meilleurs élèves comme la Finlande ou la Suède. L’Allemagne n'a pas non plus atteint les objectifs fixés.

Il faut encore savoir une chose : depuis un an, l'Italie n'enregistre plus les migrants arrivant sur son sol car elle ne veut pas respecter les accords de Dublin ! En clair, si le migrant libyen est enregistré en Italie et qu’il est arrêté en France, la France le renvoie en Italie, pas en Libye. L'Italie ne veut plus jouer ce jeu et elle n'a pas attendu le gouvernement populiste pour faire un bras d'honneur à Bruxelles.

Réécoutez en podcast l’édito de Christophe Bordet dans le Grand Matin Sud Radio