Emmanuel Macron à Davos à un moment charnière pour la mondialisation

La crise de 2008 a ralenti l'expansion du commerce international, rendant incertain l'avenir de la mondialisation.

Henri Guaino

 

Construire un avenir commun dans un monde fracturé, c’est ce qu’on a entendu hier, preuve quand même d’une certaine lucidité de la part des organisateurs.

Davos, c’est le sommet phare d’une organisation qui date de près de 50 ans et s’est démultiplié dans le monde. Il y a désormais des sommets régionaux toute l’année. C’est une sorte de rencontre au sommet, à la fois de la hiérarchie sociale et au sommet des montagnes, entre les grands dirigeants de l’économie mondiale et les politiques, auxquels on a rajouté des ONG, depuis quelques années, prenant conscience qu’il fallait essayer de reconnecter le monde des affaires sur la vie des citoyens, notamment après 2008 et la catastrophe financière.

Ce forum va traiter de quatre sujets importants, la finance, ne pas recommencer les crises comme celle de 2008, l’environnement, qui est sujet lui aussi de préoccupations, l’égalité hommes-femmes et la révolution numérique et ses conséquences.

Tout ça est plutôt de bon aloi, mais malgré tout, ce sommet reste, qu’on le veuille ou non, malgré les efforts de ses organisateurs, l’exemple caractéristique d’une élite mondiale qui, par ses rémunérations, son pouvoir, par sa vision du monde aussi, reste assez largement en décalage avec l’opinion et le sentiment des citoyens.

C’est peut-être aussi le moment de faire le point sur la mondialisation parce qu’en réalité, le sujet de Davos, ce n’est que ça. La mondialisation. On continue ? On change ? On arrête ? C’est toujours la question qui est posée par ce genre de réunions.

Il faut bien comprendre que nous sommes à un moment charnière sur la mondialisation, à un moment où l’Histoire hésite. Il y a eu la cassure de 2008, la grande crise qui a ralenti l’expansion du commerce international.

Pour donner un seul exemple, depuis la guerre, le commerce international croissait une fois et demi plus vite que le PIB mondial. Depuis 2008, on est descendu à, en moyenne, 1,1 fois. En 2016, on est même descendu en-dessous de 1.

En gros, avant, quand le PIB doublait, le commerce triplait. Aujourd’hui, quand il double, le commerce ne fait que doubler.

C’est un ralentissement important et qui préoccupe tous les dirigeants de l’OMC, tous ceux qui s’intéressent au commerce international. Savoir si on a vraiment changé de tendance, c’est-à-dire si, au fond, le mouvement d’expansion de la mondialisation est en train de s’épuiser ou si on va retrouver les tendances passées.

Il faut comprendre aussi que, jusque-là, les pays devenaient de plus en plus interdépendants les uns des autres et que, maintenant, c’est beaucoup plus nuancé.

Par exemple, le contenu en importations des investissements que font le pays est très paradoxal. En Chine, on est passé d’un contenu très fort, 30 % en 2004, à 18 % en 2014. Ça veut dire que la Chine devient de plus en plus autonome alors que l’Allemagne a vu augmenter fortement sa dépendance aux importations étrangères quand elle investit. L’Europe devient de plus en plus dépendante et l’Asie de moins en moins dépendante.

Aujourd’hui, les échanges se concentrent beaucoup dans les zones commerciales, celles qui sont sujettes à des accords commerciaux, comme l’Union européenne, l’ALENA, l’ASEAN. Il faut savoir que 58 % du commerce est fait par ces trois zones.

Il y a une forme de fracture. Il y a une forme d’autonomie d’un côté et, pour les zones, une forme de fracturation, c’est-à-dire qu’au lieu de s’ouvrir davantage sur le monde, elles se concentrent davantage sur elles-mêmes.

Donc, une incertitude sur l’avenir de la mondialisation.

On est en face de cette question à laquelle s’ajoute d’autres : l’avenir du libre-échange, une question qui est dans toute les têtes, la capacité des pays à redistribuer les gains de l’échange et la finance, va-t-elle exploser, comment les sociétés vont-elles supporter le chômage, les migrations et enfin, surtout, le creusement terrible des inégalités qui qui donnent aux citoyens du monde une image assez étrange de ce genre de sommet, même s’il est utile.

Écoutez la chronique d'Henri Guaino dans le Grand Matin Sud Radio, présenté par Patrick Roger et Sophie Gaillard