Coupe du monde de foot : du pain et des jeux, oui, mais pas seulement

Le coup d’envoi de la Coupe du Monde a été donné et on ne parlera que de football pendant un mois. Excessif, ce grand barnum ?

Coupe du Monde Mondial 2018 (©Vasily Maximov - AFP)

Évidemment, le commun des mortels, celui qui n’est pas particulièrement supporter, celui qui n’aime pas le foot ni le spectacle, ne peut être qu’horripilé, voire consterné par tout ça. Évidemment, c’est la reproduction exacte du panem et circenses des Romains : du pain et des jeux pour occuper la plèbe. Et pour le pain, comme dirait l’autre, "on dépense un pognon de dingue", donc ça pourrait ne pas durer. Évidemment, on a tout dit sur le salaire de ces enfants gâtés déconnectés, sur leurs egos démesurés, sur l’argent brassé par les droits télé. Ce qui s’est passé pour la Ligue 1 nous le raconte : on est passé dans une nouvelle ère, celle de la mondialisation financière du foot. La Chine se positionne et retransmet les matchs de la Ligue 1 chez elle, du coup, les États-Unis et l’Arabie Saoudite s’associent pour prendre la main sur la FIFA… Et cette Coupe du Monde en Russie, c’est un instrument de pouvoir pour Vladimir Poutine. On n’est plus dans le jeu, on est dans la géopolitique, la finance et l’indécence.

Faudrait-il alors boycotter et fuir cette corruption ? Ce serait trop simple. Si on a un minimum d’empathie pour le reste de l’humanité, on ne peut pas rester indifférent à un spectacle qui va rassembler près de la moitié des êtres humains de cette planète. On ne peut pas mépriser ce qui enthousiasme des gens de Moscou aux favelas de Rio en passant par les faubourgs de Bamako. Et ce qui réunit ces gens, c’est la simplicité incroyable d’un sport auquel chacun peut jouer, avec une boîte de conserve ou un sac bourré de chiffons. Et au moment où l’on joue, on peut se rêver en Pelé ou en Zidane. On peut imaginer que, comme eux, on sait guider un ballon, le laisser glisser à côté du pied, le caresser, sans même que tout cela ne semble répondre aux lois de la pesanteur et aux impératifs de la réflexion.

Le football, dès sa naissance, a eu partie liée avec l’appartenance. Pas seulement à la patrie. Le vrai fan de foot appartient à son club, à sa ville. Mais bien sûr, une nation se retrouve autour de son équipe, de son maillot. Et bien sûr, tous les dictateurs du monde ont essayé de capter cette ferveur. Mais l’aspiration à porter ensemble une équipe jusqu’à la victoire, à partager la fierté d’une appartenance commune, ça n’a rien d’ignoble ou de haineux. L’élan de 1998 nous a montré qu’un pays fragilisé a simplement besoin de cette fierté pour s’aimer davantage.