À Bure, dans la Meuse, une nouvelle ZAD antinucléaire en gestation

Le dossier Notre-Dame-des-Landes même pas encore tranché, une autre ZAD pourrait bien voir le jour. L’histoire se passe cette fois dans la Meuse.

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Hier, l’Autorité de Sûreté nucléaire a rendu son avis sur le projet de site d’enfouissement de déchets de Bure, dans la Meuse. Il s’agit de stocker à 500 mètres sous terre, sous une épaisse couche d’argile, 85 000 m3 de déchets radioactifs dont la durée de vie se compte en centaines de milliers d’années. Globalement, l’ASN juge le dossier de bonne qualité, à ceci près qu’il présente un risque pour ce qui concerne les déchets bitumeux.

Les déchets bitumeux, ce sont des boues radioactives qui ont déjà été stockées dans du bitume. Or, le bitume est inflammable sous certaines conditions. Les autorités craignent un incendie en sous-sol, qui pourrait gagner les autres déchets et entraîner des coulées radioactives. Donc, si toute la sécurité n’est pas garantie, elles n’autoriseront pas ces déchets à intégrer le site. On peut s’en réjouir, mais tout de même, quelques questions se posent. Évidemment, on comprend l’idée : on stocke les déchets sous la terre parce qu’ils seraient encore plus dangereux en surface, à la merci d’un accident, d’une attaque. Mais les opposants soulèvent deux arguments : d’abord, le caractère éminemment dangereux de cette poubelle géante, et puis cette illusion qu’en cachant sous terre les déchets, on aura réglé le problème du nucléaire, et qu’on pourra continuer tranquillement sur la lancée. Les autorités sont tellement à cran qu’elles ont condamné un paysan qui avait prêté son tracteur aux zadistes à deux ans avec sursis.

Mais ce qui permet de comprendre ce qui se joue, ce sont les questions que se sont posé les scientifiques au moment de la conception du projet. Par exemple la mémoire du lieu : on sait comment alerter sur le danger du site sur 100 ans, 150 ans. Mais dans dix mille, vingt mille ans ? Comment faire comprendre à l’humanité d’alors qu’il ne faut pas creuser ? Les scientifiques ont envisagé de marquer cela dans la toponymie, de mettre en place des signalétiques… Il est prévu que les déchets pourront être retiré durant les 100 premières années au cas où on trouverait un moyen de les traiter, mais après, ils resteront là, comme une menace invisible. C’est cela qui est vertigineux : nous léguons cette menace à une humanité dont nous ne savons rien, avec l’illusion qu’elle aura progressé et pourra gérer nos cochonneries dans 1000, 5000, 10 000 ans…

Réécoutez en podcast l’édito de Natacha Polony dans le Grand Matin Sud Radio