Yves Perez : "On arrive à la fin d'un cycle de la mondialisation"

L’économiste Yves Perez, auteur du livre "Les vertus du protectionnisme" (éditions L’Artilleur) était l’invité d’André Bercoff lundi 10 février sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Yves Perez invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

On entend souvent des poncifs disant que la France a toujours été un pays ouvert aux marchés et sur le monde. Le protectionnisme est devenu un mot du vocabulaire "populiste" pour certains et pourtant, il a durant longtemps été lié à la politique économique de la France, lui permettant de sortir de phases de crises et même d'éviter le grand effondrement de 1929.

 

Le protectionnisme en réponse à la concurrence mondiale

C'est à partir des années 1880-1890 que le protectionnisme s'est installé en France. "La France était plongée dans une dépression agricole parce que les blés du nouveau monde (Canada, États-Unis, Argentine) arrivaient en Europe avec la navigation à vapeur et les chemins de fer", explique Yves Perez. Et la France s'est retrouvée "frappée de plein fouet par des blés qui étaient beaucoup plus compétitifs que les siens", raconte l'économiste.

"Le niveau de vie des paysans qui représentaient 44% de la population a baissé, il y a eu une crainte d'une sorte de dislocation du tissu socio-politique, surtout à une époque où la République venait de s'instaurer et cherchait à gagner les paysans", remarque-t-il. C'est la mise en place d'un protectionnisme "qui au demeurant était assez modéré", note Yves Perez, qui a permit de sauvegarder les structures de l'agriculture française et de commencer une modernisation progressive, "moins rapide qu'en Allemagne et en Grande-Bretagne, mais qui a quand même eu lieu", souligne-t-il.

Une rupture en 1974

Le protectionnisme était une politique "visant à protéger l'agriculture française parce qu'elle était source d'emplois et de revenus pour toute une partie de la population", raconte le professeur d'économie. "L'objectif était de stabiliser l'économie française", souligne Yves Perez. Un objectif atteint à partir de 1896 jusqu'en 1914. "Une belle phase de croissance, qu'on appelle la Belle Époque, qui a profité à de larges couches de la population", note-t-il.

Un "protectionnisme d'expansion" qui, après la guerre, s'étalera durant les années 1920. "La France a été moins touchée en 1929 car elle était moins ouverte sur le commerce mondiale que l'Allemagne et les États-Unis", remarque Yves Perez. L'ouverture des frontières a commencé "à partir de 1958, de manière très mesurée, avec l'Europe des six et des tarifs extérieurs communs". Pour l'auteur, "De Gaulle a été visionnaire puisqu'on n'était pas dans une rupture par rapport à la période antérieure". Une rupture qui est estimée "à partir de 1974 et l'arrivée de Giscard d'Estaing à la présidence. L'Europe va alors s'agrandir, changer de dimension et la place de la France également", raconte l'économiste.

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