Yves de Kerdrel: une Française pragmatique, Nobel d'économie pour ses travaux contre la pauvreté

Editorial économique

Cinq ans après Jean Tirole, la France est à l’honneur du Prix Nobel d’Économie avec la chercheuse Esther Duflo, âgée d’à peine 46 ans.

 C’est un grand honneur pour la France, dont les économistes ont toujours eu du mal à se faire reconnaître face aux américains. Alors ce prix Nobel – qui n’en est pas un – puisque c’est un prix décerné par la Banque de Suède va à un trio d'économistes. D’abord le chercheur Abhijit Banerjee, directeur de thèse d’Esther Duflo au MIT qui est devenu son mari Michael Kremer, chercheur à l’université Harvard. Tous trois travaillent depuis des années sur la pauvreté dans le monde. Et Esther Duflo a même monté des expériences concrètes pour la réduire. Celle qui vient de se voir attribuer le Nobel d’économie est très loin des équations même si elle enseigne au Collège de France.  Pour elle, un économiste doit être plus proche « d’un plombier que d’un physicien qui cherche à dégager les grandes lois du monde ».  C’est ce qui l’amène à comparer un économiste à un plombier : Sa théorie c’est que si on demande au plombier de réparer une maison, on n’y arrivera pas. En revanche s’il se contente de réparer les fuites et que le toit est bien fait, on peut parvenir à quelque chose.

Mais sur quoi ont porté ses travaux concrètement ?

Sur les moyens de réduire la pauvreté dans le monde. Et sans avoir une approche idéologique qui passe par l’impôt comme c’est le cas avec Thomas Piketty. Elle a été recrutée au MIT en 2002. Là où elle avait fait ses études. Et sa première initiative a été de créer un laboratoire de recherche contre la pauvreté. Aujourd’hui le Poverty Action Lab, qui reçoit de nombreuses dotations travaille avec 171 chercheurs. Ce qui lui permet de multiplier les expériences. Car son maître mot c’est le pragmatisme. Elle n’écrit pas de grands traités théoriques et ne fait pas de modèles mathématiques.  Elle monte des expériences avec des ONG pour évaluer quelles politiques sont efficaces pour réduire l’illettrisme, ou inciter les mères à faire vacciner leurs enfants. C’est très rare de voir le Nobel d’Économie attribué à une personnalité de moins de 60 ans.