Trains, voitures, avions : l’hydrogène est-il l’énergie du futur?

En pleine crise de l’industrie aéronautique, Airbus se projette en présentant le concept d’avion du futur fonctionnant à l’hydrogène. Mais est-ce viable ?

Il faudra au moins une dizaine d'années pour concevoir un prototype d'avion à hydrogène. (crédit : Airbus Industries)
Airbus mise sur l'hydrogène - Reportage Sud Radio de Christine Bouillot

 

Ce carburant s'avère quatre fois plus volumineux que le kérosène, explique Airbus. "Un carburant nouveau que nous devons installer dans sa  formule liquide, froide, à moins 253 degrés !". Le développement de l'hydrogène verte passera par une mobilisation de toute les industries, via les pouvoirs publics, avertit le constructeur à l'occasion de sa présentation: "L'hydrogène, pour être rentable, doit être appelé par toutes les industries de la mobilité en même temps. Le gouvernement doit avoir une politique d'incitation  à l'utilisation de l'hydrogène". Les syndicats d'Airbus sont plutôt satisfaits de ce dessein d'avenir, dont les contours concrets et l'enveloppe demeurent cependant encore assez flous.

 

"Quand? En 2035. Combien de passagers et quelle distance et quelle formule? On va le définir dans les trois à cinq ans à venir" - Jean-Brice Dumon, vice-président exécutif d’Airbus Ingeneering

 

 

Vers la production d'hydrogène "vert"

Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne, consultant en aéronautique et transport, président de l’ONG Aviation sans frontières, était l’invité de Patrick Roger le 22 septembre dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

"Aujourd’hui tout peut marcher à l’hydrogène, juge Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne, consultant en aéronautique et transport, président de l’ONG Aviation sans frontières. C’est quand même formidable, il suffit d'avoir de l'eau, de mettre de l’électricité dedans et vous avez de l’hydrogène." Mais il faut produire de l’électricité pour en produire… "C’est une des façons de fabriquer de l’hydrogène, il y en a d’autres. On peut aussi faire de la méthanisation avec des déchets."

Seul bémol à l’heure actuelle, et il est de taille : "98% de la fabrication de l’hydrogène sont issus des produits pétroliers. Ce n’est pas de l’avenir. L’électricité peut venir des éoliennes, ou des panneaux solaires, et vous le stockez et l’utilisez quand vous en avez besoin. C’est de l’hydrogène vert ; à partir de là, on peut faire beaucoup de choses. Du stationnaire, alimenter des maisons, ou bien les voitures. C’est déjà le cas et cela va se multiplier."

Jean-Brice Dumon, vice-président exécutif d’Airbus Ingeneering. (Christine Bouillot / Sud Radio)

 

La France ne peut y parvenir seule

"Vous pouvez l’utiliser en le brûlant, comme un carburant, explique l’ancien pilote de ligne, consultant en aéronautique et transport. Le faire passer dans les réacteurs actuels nécessite une transformation. C’est ce que l’on appelle l’hybride." Reste que l’hydrogène prend de la place à bord d’un avion. « C’est que ce que présente Airbus, une aile volante très épaisse, avec de l’hydrogène à l’état liquide, maintenu à -250 degrés, ce qui n’est pas facile."

Quand cela pourrait-il être prêt ? "La course contre la montre est lancée. Le transport aérien est pointé du doigt sur le réchauffement climatique. On dit qu’il serait responsable de 3 à 5 % du total. Il faut répondre très vite aux préoccupations environnementales. Il faudrait une dizaine d’années pour concevoir un prototype. C’est une rupture technologique comme il n’y en a pas eu depuis le Concorde, il y a cinquante ans. Cela demande énormément de moyens. Quand on dit consacrer plus d’un milliard et demi à la recherche, c’est complètement insuffisant. Si vous prenez l’exemple de l’A380, il a fallu 8 milliards d’euros pour le concevoir. Si Airbus peut faire appel à des états actionnaires, il peut y arriver. Mais la France toute seule, ce n’est pas la peine."

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