Serge Papin : "Je conseille aux Français de manger mieux et de téléphoner moins"

Le PDG du groupe Système U était l’invité spécial du Grand Matin Sud Radio ce jeudi pour évoquer l’un des sujets de préoccupation majeurs des Français : le pouvoir d’achat.

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Le modèle économique et social de la grande surface est-il en danger ? PDG du groupe Système U, Serge Papin était l’invité spécial du Grand Matin Sud Radio ce jeudi pour répondre à cette question. "Je ne crois pas que le modèle soit en danger, mais il faut savoir choisir son terrain de jeu. Nous sommes des commerçants, et c’est le magasin qui fait l’objet de toutes nos attentions. Il faut probablement ré-artisanaliser le magasin, ce qui est compliqué ! Aujourd’hui, il est plus compliqué d’avoir un bon boucher qu’avoir la dernière technologie à la mode. Il faut donner envie à des jeunes de faire ce métier. Ce qui donne envie à nos clients de venir dans nos mgasins, c’est si on a de la bonne viande, du bon pain, du bon poisson, du bon vin, etc. Il faut que l’expérience de visite au magasin soit joyeuse. Cela veut dire qu’on va mettre encore plus de moyens pour que les courses soient des moments de plaisir", explique-t-il.

"Notre modèle n’est pas de proposer à nos clients de commander sur Internet"

Cette démarche de ré-artisanalisation des grandes surfaces pourrait-elle, à terme, menacer les petits commerces de proximité ? "Les bouchers et les boulangers sont des artisans. Leur problème, c’est qu’il n’y a plus assez de jeunes qui veulent se lancer dans ces métiers. À Paris et dans les grandes villes, évidemment dès qu’il s’en ouvre un, il a tout de suite du succès. Même dans les petites villes. Mais il faut donner envie à des jeunes de faire ce métier. Nous en formons dans nos magasins car nous avons cette ambition d’avoir de bons produits. J’étais il y a quelques jours à une inauguration de magasin en Normandie. Ce magasin a 11 bouchers… Les gens sont contents de venir faire leurs courses parce qu’ils trouvent des bons produits. Notre modèle de société, ce n’est pas de proposer à nos clients d’être assis sur un canapé et de commander sur Internet", répond-il.

Serge Papin a également été interrogé sur la question des marges de la grande distribution, régulièrement accusée de mettre en péril la survie des petits producteurs au début de la chaîne. "Les États Généraux de l’Alimentation veulent réconcilier ce qui est aujourd’hui opposé. Nous sommes dans le contexte de la loi de modernisation de l’économie de 2008, dont la vocation était de faire baisser les prix. Mission accomplie puisqu’elle a engendré la guerre des prix. Qui a porté cette guerre des prix, qui a été la variable d’ajustement ? C’est le maillon le plus faible : les agriculteurs. Dans ce rapport de force, c’est la loi du plus fort. Pour sortir de ça, il faut réconcilier ce qui est opposé. Les grandes surfaces ont leur responsabilité, c’est bien pour ça que le ministre de l’Agriculture m’a confié la co-présidence de l’atelier 5 : Comment mieux rémunérer les agriculteurs ? On a apporté des conclusions : il faut que les grandes matières premières puissent être mieux rémunérées pour que les agriculteurs puissent continuer à vivre et que l’agriculture française ait un avenir. Or, cet avenir est menacé aujourd’hui", assure-t-il.

"On n’est pas obligés de consommer de la pâte à tartiner tous les jours"

Selon lui, la situation est loin d’être désespérée et la solution ne serait pas si coûteuse. "Prenons la filière bovine, qui va mal. J’ai eu des discussions avec la Fédération nationale bovine pour trouver des pistes de progrès. Nous nous sommes engagés à payer la viande en carcasse 4,50€ au lieu de 3,50€. Il y a des conséquences, bien sûr. Pour l’agriculteur, qui peut exercer dignement son métier. Pour le consommateur, cette conséquence c’est 4 centimes d’euros en plus sur un steak de 150 grammes… Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, me disait lundi que pour se remettre dans une dynamique de sauvegarde de l’agriculture, s’il y avait une petite augmentation des grandes matières premières agricoles, ça se chiffrerait à 3,20€ par ménage et par mois", souligne-t-il.

"Il faut encourager nos concitoyens à payer mieux, non pas plus. Je conseille aux Français de manger mieux et de téléphoner moins. Il y a 30 ans, le budget d’alimentation des ménages était de 30%. Aujourd’hui, il va passer en-dessous des 10%. On demande toujours au budget alimentaire de financer le téléphone portable, Internet, l’augmentation des loyers, l’énergie, les transports, etc. Pendant ce temps-là, on détruit notre appareil agricole, on détruit la qualité, il y a des problèmes de santé, d’environnement… C’est un problème de société ! Quelle société veut-on ? (...) Je ne suis pas pour augmenter le budget alimentaire, je dis qu’il faut aller vers du mieux. On n’est pas obligés de consommer de la pâte à tartiner et des céréales tous les jours. Un légume de saison aujourd’hui, c’est 1 euro le kilo", ajoute-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Serge Papin dans le Grand Matin Sud Radio