Olivier Marleix : M. Macron a la "capacité à dire un jour une chose et le lendemain faire le contraire"

Frédéric Pierucci, otage économique lors de la vente d’Alstom, et Olivier Marleix, président de la commission d’enquête sur la vente des fleurons industriels étaient les invités d’André Bercoff le 13 octobre 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états".

Frédéric Pierucci et Olivier Marleix, invités d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.
Frédéric Pierucci et Olivier Marleix, invités d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"M. Macron, c’est un vrai souverainiste, c’est formidable", ironise Olivier Marleix. "Cet homme me surprend tous les jours par sa capacité à dire un jour une chose et le lendemain faire le contraire", explique le président de la commission d’enquête sur la vente des fleurons industriels. Comme exemple, Olivier Marleix explique qu’il s'agit de "l’homme qui n’a pas hésité à vendre Alstom power aux Américains". "Depuis, je pense qu’on doit être à 4.000 suppressions d’emplois chez General Electric dans le périmètre racheté aux Français", explique-t-il. Il s’agit également de celui "qui n’a pas hésité à vendre Alcatel, notre champion du télécom et du numérique à Nokia. Là aussi, c’est plusieurs milliers d’emplois supprimés, c’est toute notre base de recherche sur la 5G qui a été délocalisée", ajoute Olivier Marleix.

Pour Olivier Marleix, M. Macron "continue". "On vient de refaire un accord avec les allemands sur Ariane 6, qui arrive à un moment où le marché du lancement est un peu plus disputé", explique l’homme politique. "Il a fallu remettre un peu d’argent autour de la table", explique-t-il. Pour lui, "les milliards pleuvent en France pourtant, mais là, on a besoin de 140 millions sur trois ans". "Du coup, les Allemands ont dit : "on veut bien mettre 140 millions mais il va falloir faire des concessions"", explique Olivier Marleix. "M. Macron a accepté de délocaliser en Allemagne, ce pauvre pays qui manque lui de bases productives", ironise-t-il, "le moteur Vinci qui est le moteur qui permet de déplacer le véhicule spatial dans l’espace". Celui-ci "a été conçu en France comme tous les moteurs dont les noms commencent par un V, comme Vernon dans l’Eure, et il va être désormais envoyé en Allemagne". Pour le président de la commission d’enquête sur la vente des fleurons industriels, "M. Macron est un joueur de flûte", car "il n’a pas hésité hier à nous reparler de la relance dans le spatial".

 

Frédéric Pierucci : "Il manquait effectivement quelqu’un autour de la table"

Selon Frédéric Pierucci, il a été le bouc émissaire dans l’affaire de la vente d’Alstom aux Américains. "A l’époque en 2013, j’occupais ce poste d’une des grosses divisions d’Alstom", explique-t-il. "Contrairement à ce que va dire M. Kron par la suite, la stratégie du groupe dans les années 2010 était la suivante : sur la partie production de l'électricité, la stratégie était de nous rapprocher de nos concurrents chinois et donc ma division a été choisie comme division pour tester ce rapprochement", explique-t-il, et "sur la partie transport donc les TGV et les Métros, l’idée était de faire entrer au capital d’Alstom transport, à hauteur de 20%, un partenaire russe", complète-t-il.

"C’était donc des Français qui discutaient avec des Russes et avec des Chinois", explique Frédéric Pierucci. "Il manquait effectivement quelqu’un autour de la table", explique Frédéric Pierucci. "Alors les Américains, la partie transport ça ne les intéresse pas trop parce que les trains aux États-Unis ce n’est pas le sujet. Par contre la partie production d’électricité, l’énergie, ça les intéressait évidemment", ajoute-t-il au micro de Sud Radio.

 

"Il y a sûrement beaucoup de taupes à l’intérieur des entreprises françaises qui sont au service des américains"

Frédéric Pierucci revient ensuite sur sa mésaventure aux États-Unis. "Lors d’un de mes voyages aux États-Unis, j'habitais à l’époque à Singapour, j’ai eu un comité d’accueil à ma sortie d’avion à Kennedy, où j’avais cinq personnes du FBI qui m’attendaient, qui m’ont menottés et qui m’ont emmené au siège du FBI à Manhattan", raconte Frédéric Pierucci. "Tout se passe dans les premières minutes où je rencontre le procureur du département de la justice américaine qui me dit la chose suivante : "votre entreprise est sous enquête depuis plus de trois ans pour des faits de corruption"", explique-t-il à André Bercoff. "Votre PDG a décidé de ne pas coopérer avec la justice américaine et donc, nous avons perdu patience", ajoute-t-il.

Selon Frédéric Pierucci, le but de la justice américaine en l’arrêtant était "un : de faire passer un message très fort à la direction générale d’Alstom, il est temps maintenant de coopérer et le deuxième but : nous voulons mettre M. Kron en prison pendant très très longtemps", explique-t-il. "Donc nous avons besoin de votre coopération M. Pierucci pour nous aider à accumuler des preuves", ajoute-t-il. "Le procureur me recommande de ne pas appeler mon entreprise, de ne pas appeler le consulat et au contraire de jouer la taupe à l’intérieur de l’entreprise. Donc jouer la taupe, ça veut dire que vous allez tous les jours au bureau avec un micro autour du cou comme dans les films", raconte Frédéric Pierucci au micro de Sud Radio. "Ce que j’ai appris par la suite", c’est que "d’autres cadres d’Alstom ont accepté", explique-t-il. "On a eu plusieurs taupes à l’intérieur de l’entreprise. D’ailleurs, il y a sûrement beaucoup de taupes à l’intérieur des entreprises françaises qui sont au service des américains", juge Frédéric Pierucci. "J'ai refusé de jouer la taupe et à partir de là, s’est enchaînée la prison de haute sécurité et mon histoire".

 

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