éditorial

L'édito de Yves de Kerdrel

Yves de Kerdrel Sud Radio Éditorialiste
Economie

Macron face à un choix cornélien pour calmer la grogne

Le problème d’Emmanuel Macron c’est que le mouvement des gilets jaunes qui était lié au seul sujet des taxes sur le carburant s’est transformé en un sujet pouvoir d’achat. Et qu’il doit y répondre…

C’est le problème de n’avoir pas pris à temps la mesure du mouvement. Or le pouvoir d’achat augmente lorsque le salaire progresse plus que la hausse des prix et les hausses d’impôts. Mais le salaire (en dehors du Smic) il est fixé par les entreprises et non par l’État, d’où l’idée, émise par Xavier Bertrand, qui était l’inventeur du dividende du travail ; lorsqu’il était ministre du travail, de verser une prime exceptionnelle. Et l’Etat peut seulement décider que celle-ci sera sans charge et sans impôt. Mais ça se heurte à deux difficultés : d'abord toutes les entreprises ne sont pas en état de distribuer ne serait-ce que 500 euros à leurs salariés et puis même si les 17 millions de salariés français reçoivent une prime, le 30 janvier, ils vont recevoir un nouveau coup de massue qu’est le prélèvement à la source et qui va diminuer leur salaire net.

Donc finalement le mistigri du pouvoir d’achat est en train de passer de l’État aux entreprises, du moins certaine manière. Alors que les entreprises ne sont pour rien dans l’origine de ce mouvement des gilets jaunes. Certaines sont même prêtes à prendre en charge les frais de transport des salariés. Emmanuel Macron va parler et il doit apporter quelque chose sur la table sinon la grogne va se poursuivre. Le problème c’est qu’il est face à une porte étroite avec un tout petit passage. Soit il force les entreprises à augmenter les salaires et il abandonne ses habits de président libéral soucieux de la compétitivité, soit il fait des cadeaux fiscaux (baisse anticipée de la taxe d’habitation, baisse de l’impôt sur le revenu, augmentation du minimum vieillesse) et là il creuse le déficit budgétaire qui sera cette année de près 100 milliards d’euros. Dans les deux cas il est obligé de se renier. Dans les deux cas il revient aux méthodes de l’ancien monde. Dans les deux cas il fait une croix sur tout ce qu’il a fait depuis 18 mois. Dans les deux cas, il peut passer par la porte étroite, mais il peut aussi se prendre la porte par une sacrée sanction aux prochaines élections.

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