Les chefs d'entreprise mitigés sur le prélèvement de l'impôt à la source

Ministère de l'Économie (©Loïc Venance - AFP)

Reportage Sud Radio. La réforme du prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source a été lancée cette semaine par le gouvernement. Une réforme censée simplifier la collecte de l’impôt, mais qui ne ravit pas spécialement les chefs d’entreprise.

Lancée par le gouvernement en même temps que la campagne 2018 d’imposition sur le revenu, la réforme du prélèvement à la source est censée simplifier la collecte de l’impôt en France, en mettant notamment en adéquation le montant des impôts réclamés avec les revenus déclarés lors de la même année. Problème, c’est aussi une charge supplémentaire pour les chefs d’entreprises, qui devront bientôt étrenner leur casquette d’agents collecteurs des impôts.

"On va demander une mission supplémentaire à notre comptable"

"Quand il va y avoir des gens qui vont considérer qu’on leur prélève trop d’argent, qui sera l’interface ? C’est nous. Et ça, ce n’est pas notre rôle ! En plus, ça va nous forcer à rentrer dans un domaine sacro-saint dans lequel nous ne rentrons jamais : la vie privée de la personne", souligne Laurent Vronski, patron d’une PME, au micro de Sud Radio. Pour Pascal Barillon, boulanger à Paris employant dix personnes, cette mesure présente d’autres problèmes de responsabilités. "On peut avoir des recours du point de vue pénal ou des sanctions, puisqu’on risque jusqu’à 15 000 euros d’amende si certaines données sont révélées involontairement. On va en plus demander une mission supplémentaire à notre comptable, c’est un coût supplémentaire pour l’entreprise", déplore-t-il.

De son côté, le pharmacien Philippe Gaertner, membre du bureau national de l’Union Professionnelle Artisanale, souligne l’avantage pour le salarié de ne plus payer désormais ses impôts avec un an de décalage. "Pour certaines personnes, les variations de revenus sont faibles d’une année sur l’autre, mais pour d’autres c’est différent. Ça peut être un salarié qui n’avait pas d’emploi et qui en a un, ce qui n’est pas trop compliqué à gérer dans ce sens-là. Ça peut aussi être quelqu’un qui voit ses revenus s’arrêter (un chef d’entreprise ou un salarié qui perd son emploi ou qui le quitte). Dans ce cas-là, l’intérêt est de ne pas être obligé de continuer à payer encore un an un impôt élevé sur des revenus qui étaient ceux de l’année passée. On adapte au fur et à mesure", note-t-il.

"Pas sûr que le taux neutre protège vraiment la personne"

Alors que le taux d’imposition des ménages sera calculé par les services de l’État, certains pourront le changer et adopter un taux neutre (20% ?) pour ne pas dévoiler le patrimoine du ménage. Une disposition sensible selon Philippe Gaertner. "Si quelqu’un ne souhaite pas que son employeur puisse connaître le taux moyen d’imposition, parce qu’il est quand même lié au revenu global du ménage, on aura l’application du taux neutre. (…) Dans ce cas, on pourrait avoir le sentiment qu’il a quelque chose à cacher. Or, je crains que peu de gens ne choisissent le taux neutre parce que leur taux d’imposition est plus faible. Par définition, le choix du taux neutre laisse donc penser que les revenus moyens du ménage sont des revenus beaucoup plus élevés. Je ne suis pas sûr que ce soit protecteur vis-à-vis de la personne...", remarque-t-il.

Un reportage de Fany Boucaud

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