Les 35h ont 20 ans : "Ça a vraiment été une mesure anti-bas salaires"

Photo d'illustration ©JOEL SAGET - AFP

Il y a 20 ans, Martine Aubry mettait en place les 35h. 20 ans plus tard, le bilan est plus que mitigé et la mesure est accusée d'avoir affaibli les emplois à faible qualification et découragé les hausses de salaires.

Les 35h ont 20 ans. La mesure phare de l'ancienne ministre du Travail, Martine Aubry, a certes connu, depuis, quelques assouplissements, mais elle reste un cas unique en Europe. Un cas difficile à assumer par les derniers gouvernements de gauche comme de droite et critiqué par de nombreux économistes.

Alors que la mesure comptait faire baisser le chômage, force est de constater que le chômage a continué de croître. Pour Philippe Crevel, économiste, qui dirige le Cercle de l'Épargne et qui est un centre d'études et d'information, cette mesure a surtout fragilisé les travailleurs les moins qualifiés : "Les 35h ont eu pour conséquence d'intensifier le travail. Il faut être beaucoup plus productif. De ce fait, ceux qui n'étaient pas suffisamment qualifiés, suffisamment compétitifs, ont été mis dehors du monde du travail. Autre conséquence, ça a favorisé l'émergence du travail à temps partiel, de l'intérim, pour contourner un peu les règlements imposés par les 35h. Donc c'est vrai que l'emploi à faible qualification a souffert de ces 35h."

L'économiste Jacques Delpla estime, lui aussi, que cette mesure a accentué les bas salaires des travailleurs les moins qualifiés : "Les gens à qui ça a fait plaisir étaient ceux qui travaillaient déjà et qui étaient bien payés, donc les classes moyennes ou les classes supérieures. Déjà, à l'époque, quand on demandait aux ouvriers et aux employés s'ils préféraient une augmentation de salaire ou de moins travailler, ils disaient tous qu'ils voulaient une augmentation de salaire. C'est vraiment une mesure anti bas-salaires. Ce sont les travailleurs les plus pauvres, les ouvriers, les employés, qui en ont vraiment pâti parce qu'ils ont eu des baisses de salaire ou des non-augmentations et que ce n'est pas ça qu'ils veulent."

 Propos recueillis par Benjamin Glaise pour Sud Radio

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