L'édito politique de Laurent Mauduit - "L’hypothèse d’un double saccage, du Livret A et du PEL, est à prendre très au sérieux"

Les taux de Livret A et de Plan Épargne Logement (PEL) vont atteindre des taux plus que jamais désavantageux pour le contribuable. La faute, selon Laurent Mauduit, aux connivences entre le gouvernement et les ogres de la finance. Explication.

L'édito politique de Laurent Mauduit

Retrouvez l'édito politique de Laurent Mauduit le mardi à 7h20.

 

Laurent, vous voulez nous annoncer des mauvaises nouvelles pour les produits d’épargne qui sont les plus populaires. De quoi s’agit-il ?

"Oui, Patrick, deux mauvaises nouvelles. La première concerne le Livret A, qui est le produit d’épargne fétiche des Français, puisque l’on dénombre plus de 55 millions de livrets. Eh bien ! Son taux de rémunération devrait reculer le 1er février à 0,5%, ce qui serait sans précédent…. vous savez depuis quand ? Depuis sa création. Depuis… 1818. Il s’agirait donc d’un recul historique mais aussi tout à fait choquant, puisque le Livret A a été créé dans le but d’assumer une mission d’intérêt public : la protection de l’épargne populaire. Or, là, avec un taux de 0,5%, ce n’est plus de la protection, c’est de la spoliation, puisque l’inflation en glissement annuel est près du double. De l’ordre de 1%.

Et puis la seconde mauvaise nouvelle, c’est quoi ?

Elle concerne l’autre produit d’épargne fétiche des Français, le Plan d’épargne logement, le PEL. Car les banques aimeraient aussi beaucoup le torpiller. Et ce n’est pas très difficile de comprendre pourquoi. Actuellement, le taux de rémunération du PEL, c’est 1%. Comme l’inflation. Mais dans les années passées, il y a beaucoup de PEL qui ont été souscrits à des taux bien supérieurs, à 2,5%. Et même plus : il y a encore des PEL en vigueur qui sont assortis de taux qui dépassent les 6%. Ce qui fait hurler les banques, car ces taux ne peuvent pas être abaissés. Même par la loi : ce serait anticonstitutionnel ! Du coup, le lobby bancaire, qui a une inventivité débordante dès qu’il s’agit de faire de colossaux profits sur le dos de ses clients, a trouvé une parade, et suggère au gouvernement de taxer davantage les PEL. Pour que les souscripteurs les ferment, et s’orientent vers d’autres produits, beaucoup plus rémunérateurs.

Et vous croyez que le gouvernement va entendre ce que les banquiers lui demandent ?

Écoutez, vous connaissez comme moi la grande proximité qui existe entre ce pouvoir et les cercles dominants de la finance : l’hypothèse d’un double saccage, du Livret A et du PEL est donc à prendre très au sérieux. Ce qui serait la preuve que ce gouvernement ne recule décidément devant rien, lui qui a multiplié les cadeaux fiscaux envers les très grandes fortunes, et qui pourrait maintenant songer à malmener les petits épargnants. C’est aussi la preuve que ce sobriquet de Jupiter, parfois utilisé pour désigner Emmanuel Macron est bien mal choisi. S’il faut s’inspirer de la mythologique grecque – et non latine-, je préfèrerai le nom de Ploutos. Vous savez… Ploutos, le dieu de la richesse que Zeus, par jalousie, a rendu aveugle et qui, selon le poète Aristophane, ne distribue son argent qu’aux nantis. Une formidable allégorie vieille de vingt-cinq siècle mais qui est plus que jamais d’actualité."