éditorial

L'édito de Yves de Kerdrel

Yves de Kerdrel Sud Radio Éditorialiste
Economie

Le triste record de la France

En 2019, la France va battre un triste record. Elle va devenir le premier emprunteur européen pour financer ses déficits. Est ce que c’est grave ?

D’abord il faut rappeler que ce n’était pas prévu comme ça, il y a quelques semaines on nous affirmait que la France emprunterait 195 milliards d’euros en 2019, juste derrière l’Italie. Mais depuis, il y a eu la Crise des Gilets Jaunes et pour financer les mesures décidées par Emmanuel Macron on est obligé d’emprunter 6 à 8 milliards de plus. Ce qui nous fait franchir la barre symbolique des 200 milliards. Ça peut vous paraître abstrait, mais c’est énorme. C’est cinq fois le budget de l’éducation nationale et deux tiers de toutes les dépenses de l’Etat. Tout ça est d’autant plus surprenant que c’est Emmanuel Macron qui en a décidé ainsi, alors que pendant sa campagne il voulait être le plus rigoureux et le moins dépensier possible.

Mais est ce qu’on va vraiment réussir à trouver tout cet argent ? En principe oui, car la France a ce qu’on appelle une bonne signature, donc les investisseurs étrangers lui prêtent facilement de l’argent. Seulement, c’est vrai à l’instant où je vous parle. Ensuite ça peut changer. Par exemple si les agences de notation dégradent la France à cause de sa dette qui va bientôt atteindre 2.300 milliards d’euros. C’est quelque chose qui nous pend au nez, mais le plus gros risque, c’est que les taux d’intérêt augmentent. Actuellement la France emprunte à 0,75 %. C’est quasiment rien. Mais si on passe à un scénario à l’italienne, ce sera du 3 % minimum. Or une hausse de 1 % des taux d’intérêts, c’est 12 milliards de charges en plus – l’équivalent du budget de la police et de la gendarmerie. C’est dire si nous sommes désormais sur un chemin de crête qui peut être très dangereux, et qu’il vaudrait mieux en redescendre vite. Comment ? Et bien en baissant la dépense publique. Mais cela personne n’y est arrivé en France depuis 40 ans. Et le contexte ne s’y prête pas vraiment. Donc franchement, pour moi cela reste un vrai sujet d’inquiétude.

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