"Il est faux de dire que les emplois aidés sont inutiles ou trop coûteux"

André Laignel, maire socialiste d'Issoudun et premier vice-président de l'Association des maires de France, dénonce le choix du gouvernement de réduire les emplois aidés. Il défend leur utilité, tant pour l'insertion des jeunes que pour le bon fonctionnement des services publics.

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Invité du Grand Matin Été au micro de Christophe Bordet, André Laignel, maire socialiste d'Issoudun et premier vice-président de l'Association des Maires de France (AMF), a fortement critiqué la volonté du gouvernement de réduire les emplois aidés, jugés trop coûteux et inefficaces.

"Il est faux de dire que les emplois aidés sont inutiles ou trop coûteux, a rectifié André Laignel. Ce sont des emplois qui permettent à des jeunes une véritable insertion. Pour ceux qui sont les plus éloignés de l'emploi, il y a besoin de leur remettre le pied à l'étrier, de leur redonner l'attitude du travail ou de les remettre en situation d'apprentissage. Et il n'y a pas que des jeunes, il y a aussi des personnes qui ont des situations sociales difficiles et qui peuvent être embauchées dans différents domaines. C'est de l'insertion. Il y aurait sans doute plus de chômage s'il n'y avait pas cela. Selon les derniers chiffres connus, en 2015, 57 % des emplois aidés ont trouvé un débouché. Dire que c'est inefficace, c'est travestir la réalité. À tous ceux qui nous disent que l'insertion, les emplois aidés, ça coûte trop cher, j'ai envie de leur répondre : 'Essayez l'inculture, de les laisser au pied des immeubles, à ne rien faire. Très vite, ils trouveront d'autres occupations.'"

"Emmanuel Macron fait une erreur grave"

Le maire PS d'Issoudun vante également les bienfaits des emplois aidés dans le bon fonctionnement des services publics : "Nous avons beaucoup d'emplois jeunes, d'emplois aidés, pour encadrer les écoles, les centres de loisirs, pour qu'il y ait des études surveillées, des activités scolaires. S'ils disparaissaient, ce serait la désorganisation complète de tout le périscolaire. Si nous n'avons plus la possibilité d'encadrer les enfants avec les emplois aidés, c'est le service lui-même qui devra être arrêté. Ça concerne aussi le secteur hospitalier, le secteur des personnes âgées dépendantes. C'est un travail social indispensable qui est apporté par ces jeunes. Les emplois aidés sont dans les collectivités territoriales, qu'on est en train d'étouffer. Ils sont dans les établissements hospitaliers, qui sont en situation financière difficile. Ils sont dans les associations, et beaucoup ne pourraient pas tourner sans les emplois aidés."

"Les collectivités territoriales se serrent la ceinture depuis maintenant près de 10 ans, conclut André Laignel. Soit on nous rabote des impôts, ça a été le cas avec la taxe professionnelle, soit on nous rabote des dotations. En même temps, ce sont les investissements publics qui se cassent la figure. En trois ans, on est passé de 50 milliards d'investissements publics à 40 milliards. Ce sont des milliers et des milliers d'heures de travail qui n'ont pas été données aux entreprises. C'est aussi un mauvais coup pour l'économie nationale."

L'élu espère maintenant qu'Emmanuel Macron entendra raison face à la grogne des élus locaux : "Il fait une erreur grave. Comme c’est un homme intelligent, je suis convaincu qu’il saura écouter, quand on lui expliquera que, contrairement à ce que lui disent les technocrates de Bercy, ce n’est pas trop coûteux par rapport aux services qui sont apportés, aux jeunes qui sont en emplois aidés et à l’ensemble de la population qui en bénéficie."

Écoutez l'interview d'André Laignel, invité du Grand Matin Été Sud Radio au micro de Christophe Bordet