Faut-il avoir peur des dérives du télétravail ?

Jean-Claude Delgènes, président-fondateur du cabinet Technologia, Jean-Luc Molins, secrétaire national de l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT, et Alain Gargani, président de la CPME Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, étaient les invités du débat du jour sur l’antenne de Sud Radio le 19 août, avec Benjamin Glaise.

84% des salariés souhaitent poursuivre le télétravail dont 40% "de manière occasionnelle ou ponctuelle" et 44% "de manière régulière"

(ISSOUF SANOGO - AFP/Archives)

Le port du masque sera obligatoire en entreprise à compter du 1er septembre. Seuls ceux étant dans un bureau individuel pourront s’en passer. Le gouvernement a durci sa ligne en prévision de la rentrée, le télétravail restant fortement recommandé pour les entreprises qui le peuvent. Mais faut-il avoir peur des dérives du télétravail ?

 

Une perte de cohésion et de création collective

"On voit bien qu’avant mars 2020, nous étions à un peu plus de 1,7 million de personnes pratiquant régulièrement le télétravail, 7-8% des cadres, souligne Jean-Claude Delgènes, président-fondateur du cabinet Technologia. Avec la mise en place du confinement, on a basculé dans un effet d’apprentissage massif, avec 5 millions de personnes amenées à travailler à distance. Cela a été positif et douloureux, et a permis de voir que certaines activités sur le lieu de travail pouvaient être déplacées à distance."

"Je suis assez pour la généralisation du télétravail, explique Jean-Claude Delgènes, à une condition forte : ce télétravail ne doit pas concerner plus de deux jours dans la semaine. Une journée c’est très bien. Cela permet de bénéficier de tous les aspects positifs, en particulier limiter l’empreinte carbone lié à la mobilité, mieux articuler les temps sociaux entre vie privée et vie professionnelle. Cela permet y compris parfois de se reposer et d’être plus productif. Il y a des aspects positifs, il y a aussi des aspects négatifs qu’il ne faut pas ignorer, en particulier la perte de cohésion sociale et de création collective. À distance, les gens font un travail mais perdent énormément en créativité collective. Dans l’isolement, le salarié peut aussi perdre un peu pied. Les gens en télétravail sont aussi moins promus que les autres."

 

Définir et encadrer le télétravail

Quel bilan tirer de l’expérience du confinement ? "Déjà, il faudrait définir ce que l’on appelle télétravail, rappelle Jean-Luc Molins, secrétaire national de l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT. Aujourd’hui, on constate qu’il n’y a pas de volonté de remettre à jour l’accord interprofessionnel datant de 2005, l’essor d’Internet, du smartphone et des nouvelles technologies. On a besoin de définir ce qu’est le télétravail aujourd’hui, pas seulement de le codifier, de mettre des garde-fous. Sinon, nous allons avoir des temps de travail qui vont exploser, des équipements personnels non pris en charge, une organisation du travail complètement anarchique."

Comment s’est passé le télétravail dans les petites entreprises ? "On part de loin, souligne Alain Gargani, président de la CPME Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. Plus de 60% ne pratiquaient pas du tout le télétravail et n’étaient pas équipés pour le faire. Cela a été un tsunami. Mais les TPE-PME sont agiles et ont fourni du matériel à leurs collaborateurs, sécurisé les accès, pour ceux qui savaient utiliser les outils. 80 à 90% des TPE-PME dans le service et l’industrie se sont équipés et fonctionnent encore en télétravail. En revanche, certains métiers ne peuvent pas, notamment les commerçants et artisans. Eux sont au contact et se sont organisés en respectant distanciation et port du masque. On a une nouvelle ère qui s’est ouverte et on a beaucoup appris."

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