Éric Woerth : "Que le gouvernement se bouge"

Éric Woerth était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 19 juin 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Éric Woerth interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 19 juin 2020 à 7h40.

Dans l’affaire Fillon, un micro-rebondissement a eu lieu avec les révélations, de la part de l’ancienne patronne du parquet national financier qui s’est chargé de l’enquête, de pressions reçues pour faire avancer rapidement l’affaire. Éric Woerth, député LR de l'Oise, président de la Commission des finances et ancien ministre, estime que "ce sont des propos qui sont importants" parce qu’ils montrent "une forme de fonctionnement". "Ça montre aussi que dans l’élection présidentielle de 2017, il y a eu un calendrier et qu’accélérer le calendrier, c’était au fond transformer, peut-être, les conditions de cette élection".

 

"François Fillon a quasiment été empêché de se présenter"

"En tout cas, ce n’est pas anodin", juge l’ancien ministre qui refuse de s’exprimer sur le fond de l’affaire Fillon, ce dernier ayant été reconnu coupable. Éric Woerth analyse toutefois que "le calendrier" de l’affaire "a été très important". "François Fillon a quasiment été empêché de se présenter" dans de bonnes conditions, ce qui peut expliquer en partie sa défaite au premier tour. "Il a été empêché globalement psychologiquement". "Toute accélération du calendrier, c’était l’empêcher encore plus d’être candidat à l’élection présidentielle".

Si le député ne se prononce pas sur l’indépendance de la justice, il considère qu’il "y a eu des décisions judiciaires qui ont été extrêmement rapides". Une position qui n’est pas nouvelle dans son parti. "La presse elle-même l’a dit". "On a rarement été aussi vite pour après, d’ailleurs, avoir une longue phase d’instruction." Pour ce qui est de dire qu’il s’agit là d’un véritable scandale judiciaire, Éric Woerth pèse ses mots : "je ne veux surtout pas le dire de cette façon-là" tout en déclarant que la justice "pourrait enquêter là-dessus". Pour lui, "ça a transformé le moment démocratique le plus important du pays". Il ne s’avance pas jusqu’à dire que l’issue de l’élection aurait changé : "peut-être, aurait-elle été la même, je ne présume, de rien".

"Il faut des mesures pour accélérer le rythme naturel de la reprise"

L’Insee a dévoilé des statistiques permettant de dire que l’activité économique reprend plus rapidement qu’attendu, bien que ce ne soit pas partagé par tous les secteurs. De son côté, l’Unédic, qui gère l’Assurance chômage, a dévoilé le 18 juin 2020 qu’elle s’attendait à 900.000 emplois détruits en 2020. Pour le député de l’Oise, il ne fait aucun doute qu’il faille "accélérer". "D’où l’idée de plan de relance". "Il faut booster le fil naturel des choses."

"Quand vous fermez l’économie, […] ça a des conséquences absolument désastreuses sur le plan économique. Sûrement utiles sur le plan sanitaire, mais désastreuses sur le plan économique." La réouverture des commerces a évidemment permis de relancer l’activité, mais la question à se poser c’est, surtout, quand est-ce que le magasin "fera autant" de chiffre d’affaires "qu’avant" ? "Il faut des mesures pour accélérer le rythme naturel de la reprise."

"On parle beaucoup de la dette publique, mais il y a une dette privée qui est très lourde"

La reprise est soutenue par le gouvernement, mais les chiffres avancés sont nombreux. Éric Woerth, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, explique que dans les 500 milliards avancés par Emmanuel Macron, il y a "beaucoup d’argent qui ne sera pas dépensé, il y a beaucoup de garanties, de reports d’échéances, des choses comme ça."

"En réalité, il y a une cinquantaine de milliards qui sont dépensés." Pour lui, il faut "aider la consommation et aider l’investissement", mais également "éviter aussi que les entreprises sortent de cette crise avec un mur d’endettement". "On parle beaucoup de la dette publique, mais il y a une dette privée qui est très lourde." Or, une telle dette va réduire les investissements.

"Ça fait sept semaines que nous disons qu’il va y avoir un énorme problème sur l’emploi des jeunes"

"Sur la consommation, il faut aller plus vite", estime l’ancien ministre qui revient sur les propositions faites par son parti : "baisser de façon ponctuelle la TVA sur certains points", des "bons de réduction d’achats de produits non importés"…

De plus, "il faut aussi accélérer le retour sur le travail des travailleurs" qui étaient, fin mai, 7,8 millions au chômage partiel. "On a proposé qu’on baisse les charges des entreprises pour leur permettre d’accélérer la reprise des salariés, ou pour les jeunes." Bruno Le Maire s’est dit favorable à une prime à l’embauche des jeunes, le 18 juin 2020. "Qu’il le fasse". "Ça fait 7 semaines que nous disons qu’il va y avoir un énorme problème sur l’emploi des jeunes."

"Il faut que ce gouvernement se bouge", demande Éric Woerth, car les jeunes arriveront sur un "marché du travail verrouillé". Un sujet que son parti a étudié : "on a proposé la réduction, ou la baisse ou la suppression des charges sociales sur l’embauche d’un jeune en CDI", et ce afin que le jeune "coûte moins cher" à l’entreprise.

L’entreprise, "si elle peut réduire son coût du travail, elle embauchera plus vite". "Plutôt que réembaucher trois personnes, elle en prendra une quatrième ou une cinquième". C’est une solution pour éviter "cette vague de chômage" qui "n’est pas une fatalité" pour l’élu.

Augmenter les impôts est "une solution interdite"

Concernant la dette, qui sera d’un niveau record en 2020 du fait de toutes les mesures prises, annoncées et à venir, l’ancien ministre ne critique pas le gouvernement. "Évidemment qu’il fallait des mesures de soutien : quand il n’y a plus d’économie, il faut continuer, c’est la puissance publique". "L’État français l’a plutôt bien fait", concède le député de l’Oise.

Mais il reste la question du remboursement de cette dette. Eric Woerth élimine d’emblée la possibilité que la dette soit remboursée par l’augmentation des impôts. "Pour d’autres pays, c’est une solution, pour la France, c’est une solution interdite." La raison de cet interdit est simple : "on a déjà beaucoup usé et abusé de l’outil fiscal".

"On est entourés, encerclés, d’impôts, partout, sur tout"

Quant à la question de la réinstauration de l’Impôt sur la Fortune (ISF) qui fait débat, le président de la Commission des finances est tout aussi catégorique. "C’est toujours la même histoire, vous êtes toujours le plus riche de quelqu’un. Votre voisin qui a une plus belle voiture, il devrait payer plus d’impôts que vous."

"On est entourés, encerclés d’impôts, partout, sur tout", juge Éric Woerth qui ironise : "honnêtement, on pourrait toujours lancer le concours Lépine de l’impôt, mais ce serait une catastrophe".

"Il faut travailler davantage tout au long de la vie"

La solution pour payer la dette est "d’augmenter le niveau de croissance français, produire plus de richesse, peut-être travailler plus longtemps". "Il faut travailler davantage tout au long de la vie", estime l’ancien ministre. Mais "il faut aussi que la France rompe avec ce chômage de masse qui est un peu une caractéristique française". Avant la crise, la France avait déjà un taux de chômage de plus de 8%, rappelle l’élu, alors que d’autres pays n’avaient que 3% ou 4% de chômeurs.

"Quand vous prenez toute la France, que vous additionnez nos temps de travail et que vous divisez par le nombre de Français, vous êtes un des pays qui a le plus faible nombre d’heures de travail par citoyen." Eric Woerth pose alors cette question : "comment voulez-vous, à un moment donné, avoir un niveau de vie suffisant ?"

"La conséquence de tout ça, c’est la perte de pouvoir d’achat"

La convention citoyenne va présenter ses propositions à Emmanuel Macron, et le fond de la pensée, c’est la décroissance : travailler moins, produire moins et consommer moins. "Il y a des choses très intéressantes" dans ces propositions, juge Éric Woerth tout en précisant qu’il "faudra aussi regarder quel est le poids des experts". "Je pense que c’est une bonne idée."

"C’est un phénomène de décroissance ou de transformation des choses, ça veut dire qu’il faudra accepter de perdre du revenu". "La conséquence de tout ça, c’est la perte de pouvoir d’achat". Il estime que les choses doivent être présentées de manière "panoramique". "Il faut présenter les trucs dans leur ensemble" et notamment préciser que "ça aboutit in fine à une baisse du revenu des Français et une augmentation des prix."

Des conséquences que le député explique : "une baisse, à mon avis, des salaires, puisque vous travaillez moins, sinon l’entreprise fera faillite" et "une augmentation des prix puisque vous consommerez mieux".

"Les Français considèrent que leur priorité, c’est leur pouvoir d’achat"

"L’objectif est louable, je suis pour cela", mais seulement si les choses sont claires et bien comprises de tous, surtout au niveau des conséquences. "S’il y a des référendums, en retirant les arrière-pensées politiques derrière, pourquoi pas."

Il juge les transformations de vie "nécessaires" afin que la crise "ait servi à quelque chose". "Il faut aussi mesurer les conséquences : c’est la perte de pouvoir d’achat." Or, selon lui, "les Français considèrent que leur priorité, c’est leur pouvoir d’achat"

"Je pense qu’on prend du retard"

Mardi 23 juin 2020, l’Assemblée nationale se prononcera sur la troisième loi de Finances rectificative. Éric Woerth, qui devra voter en tant que député, regardera "ce que la majorité retiendra des amendements que nous déposons". "J’ai voté pour le premier [projet de loi], j’ai voté pour le deuxième, je suis pour les mesures de soutien". "Mais je suis aussi pour des mesures de soutien actives, et je pense qu’on prend du retard" sur les mesures de relance globale, les mesures annoncées jusqu’ici étant "sectorielles", selon l’ancien ministre. "Il faut avoir une vision générale".

"On ne peut pas retenir des réformes uniquement la partie dépenses"

Alors que la réforme des retraites, mise en pause, est revenue sur le devant de la scène puisqu’Emmanuel Macron a annoncé vouloir la voter avant 2022, l’ancien ministre soutient qu’on "ne peut pas abandonner toutes les réformes, mais on ne peut pas retenir des réformes uniquement la partie dépenses". Augmenter les petites retraites, par exemple, est une bonne chose. "Ils le font par exemple aujourd’hui sur les pensions agricoles".

"Mais c’est très très facile de faire des réformes en disant dépensons toujours plus." Aujourd’hui, la France a "un mur de dettes" et "à un moment donné, si on veut que nos jeunes ne soient pas dans un pays totalement endetté, il faut peut-être qu’on soit responsables".

"Il faut plus d’intégration européenne"

L’Union européenne a lancé un plan de relance d’un montant annoncé de 750 milliards d’euros. "C’est une avancée formidable" pour le député. "Si l’Europe arrive à emprunter sur des politiques communes et derrière avoir des revenus plus propres à l’Europe, ça aurait été une avancée formidable".

"Il faut plus d’intégration européenne." Eric Woerth balaye directement les critiques : "ça ne veut pas dire une perte de souveraineté des nations". Cette intégration est nécessaire, car "aujourd’hui, les débats, ils sont par continent". Quant à la souveraineté des pays, il ironise : "la souveraineté quand on ne représente plus rien, c’est formidable, vous n’êtes souverain de rien". C’est ce qui arrive : "si vous êtes trop petit, si vous êtes un confetti dans le commerce mondial, ça ne fonctionne pas". "L’Europe est une chance formidable" permettant à toutes les nations "de cultiver leur identité".

 

 

 

 

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