Charles Gave : "il y a en France une corruption inimaginable"

Charles Gave, Rafik Smati et Matthieu Bock-Coté étaient les invités d’André Bercoff jeudi 5 décembre 2019 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Charles Gave, Rafik Smati et Matthieu Bock-Coté invités d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pour comprendre les raisons fondamentales de la grève de ce jeudi 5 décembre 2019, André Bercoff reçoit trois invités : Charles Gave, économiste et président de l’Institut des libertés, Rafik Smati, président d’Objectif France et entrepreneur, et Mathieu Bock-Coté, sociologue, essayiste et auteur de L’empire du politiquement correct (éditions du Cerf).

 

"Qu’est-ce qu’ils foutent du fric ?"

Pour Charles Gave, la mobilisation de ce 5 décembre est "complètement différente" par rapport à celles déjà connues et auxquelles elle est comparée, comme celle de 1995. "Les Français ont une vieille histoire d’amour avec leur État et quelque part leur État est en train de tomber en déliquescence", explique l’économiste. "Les Français ne sont plus protégés", "la justice, c’est devenu une histoire de fous, ça ne marche plus", "la diplomatie, il n’y en a plus" : les fonctions dites régaliennes ne sont plus assurées ; quant à "l’enseignement, c’est devenu une fabrique de crétins".

"La France est en train d’être malade et malheureuse de l’incapacité de son État à se réformer". Une réalité qui se remarque dans les finances publiques : "où que vous alliez, il n’y a plus un rond", souligne Charles Gave, alors que "la pression fiscale depuis dix ans a augmenté dans des proportions inimaginables". De quoi se poser la question, comme le fait l’économiste, "mais qu’est-ce qu’ils foutent du fric ?". Cette mobilisation est donc la manière qu’ont les gens de se demander "mais où va notre pognon ?"

Charles Gave rappelle que l’État pèse aujourd’hui 56% du PIB et qu’il a été prouvé que plus l’État est gros, plus la corruption est élevée. "Ça veut dire qu’il y a en France une corruption inimaginable et qu’on tape sur les petites gens pour protéger les corrompus".

"Il y a une insatisfaction par rapport à Emmanuel Macron"

Matthieu Bock-Coté, Québécois, analyse la situation depuis l’étranger. "Vu de loin, il y a cette idée qu’il y a en France une forme de tradition insurrectionnelle". Cela explique que la France a "besoin de ritualiser de grands affrontements". Une vision qui est soit appréciée au Canada, "c’est la preuve que les Français sont encore un peuple politique capable de descendre de la rue", soit critiquée car "preuve d’un système relativement irréformable". La France est un pays se trouvant "dans un blocage structurel", si bien que "la question des retraites revient en boucle".

Toutefois, l’auteur estime que "les préoccupations de ceux qui sont dans la rue sont parfaitement légitimes". "On entre dans un monde où les quelques balises de sécurité qui nous restent sont en train de tomber." Le climat politique "d’insatisfaction par rapport à Emmanuel Macron" est, en outre, propice à une telle mobilisation massive.

La crise des Gilets Jaunes a été un catalyseur, c’était "une authentique explosion populaire" qui a par la suite dégénéré, analyse Matthieu Bock-Coté. "Un mouvement d’insurrection populaire véritable" que les syndicats veulent canaliser.

"Toutes les structures étatiques sont en train de s’effondrer sous nos yeux"

Rafik Smati, de son côté, estime que "la France est aujourd’hui sur une poudrière" et que cette mobilisation "est un des éléments" qui "montrent qu’il y a aujourd’hui dans notre pays des ferments". Ces derniers sont jugés "pré-révolutionnaires", "pré-insurrectionnels" ou annonçant "une guerre civile" selon les commentateurs.

L’équation qui a donné lieu à ces ferments est simple : "les Français payent le plus d’impôts dans les pays riches, notre pays est celui dont la dépense publique est le plus important". Cela devrait permettre d’avoir, en théorie, "le meilleur service public du monde". "Or, aujourd’hui, ce que l’on observe c’est que toutes les structures étatiques sont en train de s’effondrer sous nos yeux".

"Il est évident que, face à l’absurdité de cette équation, certains de nos compatriotes aient envie de se révolter", juge Rafik Smati.

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