Bernard Kron : "On n’a jamais eu autant de médecins qu’actuellement, et ils n'ont jamais eu si peu de temps médical"

Pour le chirurgien Bernard Kron, le plan santé du gouvernement actuel ne règlera en rien les problèmes du secteur. Bernard Kron était l'invité d’André Bercoff le 19 février 2018 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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"Les honoraires des médecins ont été sacrifiés"

Pour Bernard Kron, l’un des problèmes de la médecine actuellement est la faible rémunération des médecins. "En 1996, Alain Juppé gouvernait par ordonnances. Et parmi ses ordonnances, il y avait quelque chose d’extrêmement délétère : l’ONDAM (Objectif national de dépenses d'assurance maladie). En d’autres mots, on budgétise les dépenses de santé. Et comme l’administration, l’hôpital, les médicaments coûtent très cher, les honoraires des médecins ont été sacrifiés" a-t-il déploré au micro d’André Bercoff.

"Pour espérer gagner au moins 6.000 euros par mois, les médecins généralistes doivent faire 40 à 50 consultations par jour. Or, avec les 35 heures, les médecins ne peuvent plus se faire assister. Alors, l’État a eu l’idée de créer des maisons médicales, mais plus d’un tiers sont restées vides car on manque de candidats. C’est paradoxal : on n’a jamais eu autant de médecins qu’actuellement, mais comme ils ne peuvent pas se payer la garde de leurs enfants, ils se partagent les tâches domestiques, et le temps médical diminue d’autant. L’État a donc eu une autre idée géniale, celle de proposer des assistants médicaux. Mais ces assistants médicaux n’auront qu’une subvention de 4.000 euros par an ! Quant aux téléconsultations, la grande nouveauté de 2018 présentée comme une avancée, les mutuelles et la Sécurité sociale acceptent de les rembourser, tenez-vous bien, au tarif de 12 à 15 euros !" s’est exclamé Bernard Kron.

Pour Bernard Kron, la disparaition des déserts médicaux n’est qu’une question de volonté politique

Bernard Kron a aussi critiqué l’introduction dans les hôpitaux de robots. "L’Assistance publique vient d’acheter neuf robots. Or, la maintenance d’un robot de chirurgie coûte un million d’euros par an. Le matériel coûte 2.000 euros par intervention, car au bout de 10 interventions, il doit être changé. Autant dire que pour l’instant, la robotique n’est pas encore l’avenir de l’homme !", a-t-il estimé.

S’agissant des déserts médicaux, Bernard Kron estime qu’il est tout à fait possible d’inciter financièrement les médecins à s’installer dans ces communes. "Or, à l’heure actuelle, quelle que soit la spécialisation que les étudiants en médecine choisiront, le programmes impose quatre ans d’internat à l’hôpital. Cela a un avantage pour l’hôpital puisque c’est du personnel taillable, corvéable et bon marché, car leur salaire horaire est inférieur au SMIC. Cela permet de faire fonctionner les hôpitaux, et pour l’instant, rien n’est prévu pour faire changer ce système", a expliqué Bernard Kron, avant de poursuivre : "On pourrait créer un système de bourses pour les étudiants en médecine, car pour l’instant ce sont les enfants de cadres supérieurs qui font ce genre d’études. Les études sont certes gratuites, mais pendant dix ans (six ans d’études et quatre ans d’internat), il faut se loger et se nourrir".

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