Airbus A380: la fin prématurée d'un géant des airs

Airbus a annoncé ce jeudi matin la fin de la production de l'A380: le plus grand avion de ligne du monde, forcé d'atterrir faute de commandes, douze ans seulement après le début de sa commercialisation. Les livraisons prendront fin en 2021. Un pincement au cœur, voire une certaine inquiétude pour les salariés de l'usine Jean-Luc Lagardère, près de Blagnac, dans laquelle il est assemblé.

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C'est une image étonnante, voire émouvante: l'A380 aux couleurs d'Emirates, posé dans l'usine Jean-Luc Lagardère de Blagnac. Après une réduction de commandes de cette compagnie du Golfe, le PDG d'Airbus Group, Tom Enders, a signifié dans la nuit la fin du plus gros avion du monde. Emirates a décidé de réduire son carnet de commande de 162 à 123 appareils concernant ce modèle. Conséquence: faute de commandes ou d'autres compagnie intéressée, l'avionneur cesse la production.

 

Un échec commercial, mais pas industriel

Seuls six A380 sortiront encore de la chaîne d'assemblage. Les raisons de cet échec commercial sont multiples: un avion imaginé à une époque où le trafic commercial prenait une nouvelle dimension, mais qui a finalement enchaîné les difficultés d'assemblage technique, les retards coûteux. A cela se sont ajouté des années de crise, dés 2008. "C'est dommage mais, on avait un problème: si on n'arrive pas à vendre, on ne peut pas continuer comme ça. Peut-être que cet avion est arrivé trop tôt, par rapport au développement du trafic aérien", analyse Jean-Marc Escourrou, délégué FO Airbus. L'annonce n'est pas une totale surprise: le programme était en mode survie, avec une réduction drastique des cadences de fabrication.

"Quand vous prenez cet avion, vous n'avez plus envie d'en prendre un autre"

C'est donc la fin d'une aventure aérienne, cet avion de tous les superlatifs inauguré en grandes pompes en 2005 puis commercialisé à partir de 2007. Jean-Marc Escourrou salue l'aventure industrielle: "C'est bien triste, c'est la fin d'un fleuron. Tous les employés d'Airbus en sont fiers. C'est regrettable pour Airbus, et pour tous les salariés qui sont attachés à cet avion. Et après, je pense que ça sera regrettable pour les clients des compagnies aériennes par la suite: quand vous prenez cet avion, vous n'avez plus envie d'en prendre un autre".

Des salariés reclassés sur d'autres programmes?

Reste la question sociale à régler: reclasser  entre 3000 et 3500 salariés dans les autres programmes. Jean-Marc Escourrou, délégué FO Airbus, espère bien voire tous les salariés reclassés ailleurs au sein d'Airbus: "depuis longtemps, on avait commencé à baisser les cadences, à réaffecter les personnes de l'A380 sur les autres programmes". Les négociations entre direction et syndicats commencent dés aujourd'hui.

Reportage Sud Radio - Christine Bouillot & Félix Mathieu