Achat de terres par la Chine : "La France a une bonne image au niveau agricole"

Alors qu’un investisseur chinois a décidé d’acheter 900 hectares de terres agricoles dans l’Allier, l’agro-économiste Jean-Marc Chaumet était l’invité du journal de 18h sur Sud Radio pour décrypter cette décision.

Thumbnail

La Chine projette-t-elle de faire main basse sur les terres agricoles françaises ? Une entreprise chinoise s’apprête en effet à acheter 900 hectares de terres dans l’Allier, deux ans après avoir déjà acquis 1700 hectares dans l’Indre. Agro-économiste à l’Institut de l’élevage et co-auteur de La Chine au risque de la dépendance alimentaire, Jean-Marc Chaumet était l’invité du journal de 18h sur Sud Radio pour analyser cette décision.

"La Chine a besoin de produits agricoles alimentaires. Elle en importe parce que sa consommation augmente (notamment pour les produits animaux) et parce que son agriculture n’arrive pas à en fournir suffisamment pour nourrir toute la population chinoise. Elle manque notamment de ressources naturelles (eau, terres), et celles dont elle dispose sont souvent polluées. Les prix sont par ailleurs relativement élevés en Chine suite à leur politique agricole, et en plus il y a des problèmes de sécurité sanitaire avec de nombreux scandales alimentaires. La Chine cherche donc des produits sûrs et moins chers. Or, la France a une bonne image en termes agricoles. Ses produits sont relativement sûrs, avec des systèmes de traçabilité et de sécurité sanitaire reconnus partout dans le monde. Et pour certains produits, la France est moins chère. Les Chinois investissent donc à l’étranger pour se procurer ces produits, notamment des produits laitiers, et les rapatrier en Chine", explique-t-il.

"C’est un investisseur conseillé par une personnes française"

Pour ce spécialiste, le flou est encore de mise au sujet des intentions de cet investisseur. "Les investissements chinois dans les terres sont assez récents, et au niveau mondial la Chine investit plutôt dans les terres de pays en développement, rarement dans des pays de l’OCDE. Dans ces pays développés, elle cherche plutôt à acquérir des produits à forte valeur ajoutée comme la viande ou les produits laitiers. (…) Ces deux investissements sont issus de la même entreprise. Ce sont des terres de grande culture et il faudra voir quelles cultures vont être réalisées sur ces terres et ce qu’il en adviendra. Est-ce que les produits vont repartir en Chine ou est-ce qu’ils seront vendus en France ou ailleurs ?", s’interroge-t-il.

Pour Jean-Marc Chaumet, cet achat chinois n’est pas (encore) de nature à bouleverser les équilibres agricoles en France. "Dans les autres pays européens, les Chinois se sont pour l’instant attaqués à des investissements dans le lait (et un peu dans la viande), mais rarement dans les terres agricoles. C’est pour cela qu’il s’agit pour l’instant d’un cas unique selon moi : un seul investisseur, qui a fait deux achats je mets de côté tout ce qui est vignoble, qui est vraiment totalement à part). C’est un investisseur conseillé par une personne française et qui décide d’aller en France. Pour l’instant, il n’y a pas vraiment d’inquiétude à avoir", assure-t-il.

Retrouvez en podcast toute l’interview de Jean-Marc Chaumet sur Sud Radio