Aux États-Unis, "Les feuilles mortes" de Prévert figurent parmi les standards du jazz

Danièle Gasiglia-Laster, auteure et critique française, spécialiste de Jacques Prévert, et Françoise Canetti, directrice des productions Jacques Canetti, étaient les invitées d'André Bercoff et Céline Alonzo, vendredi 12 avril 2019 sur Sud Radio, dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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Jacques Prévert est chanté dans le monde entier

Françoise Canetti, directrice des productions Jacques Canetti, évoque en premier lieu le coffret "Jacques Prévert, ces chansons qui nous ressemblent" et explique comment elle l'a réalisé : "J'ai pris les 70 chansons chantées par les plus grands interprètes français et étrangers, parce qu'on ne sait pas toujours que Jacques Prévert est chanté dans le monde entier. On peut citer Iggy Pop, Bob Dylan, Sarah Vaughan, Franck Sinatra, Eva Cassidy, qui est une extraordinaire interprète des 'Feuilles mortes'. On ignore qu'aux États-Unis, 'Les feuilles mortes' figurent parmi les standards de jazz".

Françoise Canetti raconte comment cette chanson française est arrivée aux États-Unis : "C'est une sacrée drôle d'histoire ! C'est l'éditeur de Jacques Prévert, Enoch, qui a amené cette chanson aux États-Unis à un parolier, Johnny Mercer. Celui-ci l'a adaptée et 'Les feuilles mortes' sont devenues 'Autumn leaves', mais ça n'a pas connu un grand succès". La spécialiste de Prévert poursuit avec le rebondissement de 1954 : "Franck Sinatra qui, fou amoureux d'Ava Gardner, se fait larguer par sa femme, va voir son ami Johnny Mercer et lui demande de trouver la chanson la plus triste, la plus désespérante". Voilà comment 'Autumn leaves' devient un succès mondial.

Jacques Prévert, nomade de Paris

De son côté, Danièle Gasiglia-Laster vient évoquer son livre Paris Prévert  édité aux éditions Gallimard. Elle raconte que le poète était un vrai nomade et qu'il changeait très souvent d'adresse, si bien qu'il connaissait parfaitement la capitale. Cette habitude lui vient de son enfance : sa famille déménageait beaucoup par manque d'argent et l'auteure explique que Jacques Prévert y a pris goût. Toute son œuvre est ainsi marquée par des endroits de Paris qui l'ont imprégné. Parmi les plus emblématiques, Danièle Gasiglia-Laster cite les Jardins du Luxembourg, "le jardin de l'enfance où il se précipite à la fin de l'école, où il passe ses vacances, à tel point que ce jardin va devenir symbolique d'une sorte de paradis perdu".

Lorsque le gardien lui demandait de partir, le soir, pour pouvoir fermer les grilles du jardin, Jacques Prévert, enfant, pleurait. "Cela lui a inspiré deux textes, l'un qui a pour titre 'Vainement, où les gardiens deviennent tous ceux qui vous empêchent de vivre et d'être heureux'. Il se termine par une très jolie phrase : 'Le jardin reste ouvert pour ceux qui l'ont aimé'." Enfin, André Bercoff évoque cette réplique dans Quai des Brumes de Carmé : "T'as d'beaux yeux, tu sais", adressée par Jean Gabin à Michèle Morgan et signée Jacques Prévert. "Il y a de nombreuses répliques de cinéma signées Jacques Prévert", ajoute Danièle Gasiglia-Laster qui cite "Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour." Le poète pensait aux acteurs en écrivant ses dialogues et les adaptait. "La réplique pour Quai des brumes était ainsi 'T'as de belles jambes, tu sais' et quand Prévert a vu Michèle Morgan, il l'a changée."

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