Gérard Larcher : "Je ne suis pas hostile à la baisse du nombre de parlementaires"

Gérard Larcher, président (LR) du Sénat

Sénateur (LR) des Yvelines et président du Sénat, Gérard Larcher était l’invité politique du Grand Matin Sud Radio ce jeudi. L’occasion pour lui de parler notamment réforme constitutionnelle du Parlement, banlieues, laïcité et avenir de la SNCF.

Interdire le cumul entre une allocation chômage et un petit emploi intérimaire ou temporaire ? Le gouvernement y réfléchit, au moins pour une courte période. Une mesure à laquelle le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, est plutôt défavorable. "Il faut être très très attentif. On parle là de populations fragiles avec de faibles revenus. On a débattu la semaine dernière de retraites d’agriculteurs inférieures à 800 voire 600 euros ! Est-ce que ce débat n’est pas un débat de riches en direction de gens modestes ? Méfions-nous. Malheureusement, nos statistiques en matière d’emploi ne s’inversent pas vraiment. Cela montre que malgré le fait que l’économie semble aller un peu mieux, nous avons un problème d’adéquation de nos formations et d’accompagnement vers le retour à l’emploi, puisqu’il y a une multitude d’entreprises en recherche de salariés qu’elles ne trouvent pas", déclare-t-il au micro de Sud Radio ce jeudi.

"Je ne veux pas voir 40 départements avec un seul sénateur !"

Gérard Larcher est bien évidemment également revenu sur le débat actuel autour de la réforme constitutionnelle à revenir, qui devrait réformer en profondeur certaines institutions de la République, avec entre autres la suppression d’un tiers des parlementaires et leur renouvellement complet en 2021. "Je suis pas dans une partie de bras de fer. J’ai posé deux principes pour la Constitution : que les droits du Parlement soient préservés, et qu’on ait la préoccupation de la représentation du territoire. Ce sont les deux sujets majeurs de cette révision constitutionnelle. Je ne suis pas hostile au principe de la baisse du nombre de parlementaires, à condition qu’on en ait assez pour représenter le territoire ! Le Président a concédé dans le dialogue l’assurance d’avoir un sénateur au minimum dans chaque département, et je souhaite qu’on soit très attentifs à ce qu’il n’y ait pas par exemple 40 départements qui n’aient qu’un seul sénateur et une trentaine qui n’aient qu’un seul député ! Il y a une responsabilité politique à la cohésion du pays, et celle-ci passe par une représentation de l’ensemble des territoires", a-t-il rappelé, soulignant par ailleurs que "dans une démocratie, un exécutif fort a besoin d’un Parlement fort, c'est un principe".

Au lendemain du discours d’Emmanuel Macron dans lequel il a exposé sa vision et ses propositions pour les banlieues françaises, Gérard Larcher confesse ne pas avoir été particulièrement emballé par ce qu’il a entendu. "Je n’ai pas eu le sentiment en écoutant son long discours sur les banlieues que la modernité ait siégé par rapport à l’ancien monde. Tout ça, ce sont des mots. Ce qui compte, c’est que la France retrouve une forme d’unité. Les valeurs de la démocratie et de la République ont quitté une partie de ce pays, et c’est inadmissible. Quand je vois le développement de l’antisémitisme et du racisme dans certains quartiers, je me dis que ce n’est pas cette République-là que j’aime. (…) Ce n’est pas le premier plan banlieues. Au fond, que s’est-il passé depuis 14 ans ? On n’a pas vu que le communautarisme et le fait religieux étaient en train de s’imposer dans certains quartiers et de les couper de la République. Moi qui suis un laïc et qui crois vraiment à ce que chacun puisse vraiment vivre sa foi ou sa liberté de ne pas croire, je ne transige pas sur les valeurs de la République", affirme-t-il.

"Qu’est devenue l’Unef, qui défendait les étudiants et se disait à gauche ?"

De valeurs de la République, il en a également été question au moment d’évoquer la polémique autour de Maryam Pougetoux, responsable voilée du syndicat Unef. Le sénateur des Yvelines admet être mal à l’aise par cette situation et s’interroge sur l’évolution de l’Unef. "Le droit de porter un voile dans l’espace public est garanti par la loi. Elle dit que c’est sa religion, mais elle est en même temps présidente d’un syndicat, et c’est aussi sans doute l’expression d’une forme de contestation de certaines valeurs. (...) C’est plutôt une question pour l’Unef. Qu’est-ce qu’est devenue l’Unef, ce syndicat qui défendait les étudiants et se disait plutôt à gauche ? C’est une vision de la laïcité qui ne s’accommode pas avec la nécessaire neutralité quand on exerce une responsabilité nationale", indique-t-il.

Alors que la réforme ferroviaire va très prochainement arriver au Sénat, Gérard Larcher semble soutenir le fond de cette réforme, tout en se montrant vigilant sur certains points. "Il faut réaffirmer quels sont les bons rails. Les bons rails, c’est qu’il faut ouvrir la SNCF à la réalité de la concurrence, il faut en changer la gouvernance, il faut mettre fin pour les futurs entrants à un statut qui n’est plus adapté. Mais il faut aussi apporter certaines garanties aux territoires, notamment la continuité des TGV. Est-ce qu’il s’arrête à Rennes ou est-ce qu’il va jusqu’à Brest ? Est-ce qu’il s’arrête à Bordeaux ou est-ce qu’il va jusqu’en Espagne ?", souligne-t-il.

Enfin, le président du Sénat s’est également exprimé sur la situation en Italie, qui s’apprête à entériner la nomination d’un gouvernement eurosceptique, un coup de tonnerre au sein de l’Union européenne. "Il faut être attentifs à nos valeurs. Il ne faut pas être donneurs de leçons mais être exigeants. C’est la troisième puissance de l’Union européenne et ça peut déclencher des crises, c’est pourquoi la question de l’Europe va être très importante dans les temps qui viennent. Nous avons vu la réaction allemande négative aux propositions d’Emmanuel Macron, il faut bâtir un projet européen", conclut-il.

Réécoutez en podcast toute l’interview de Gérard Larcher dans le Grand Matin Sud Radio

 

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